aki puro filete sobre la la novela realista francesa

Thursday, April 22, 2010

les antécédents de Robbe-Grillet

Selon Robbe-Grillet, le mode de lecture qui consiste exclusivement à valoriser et à dégager le « message » ou la « signification » d'un texte aurait fait son temps. Non seulement une telle manière de lire serait-elle banale et redondante, il y aurait même un danger à réduire un texte à sa signification—c'est-à-dire, en ramenant le texte à un quelconque système de règles culturelles de la représentation—; celui d'ignorer le propre de la littérature. Pour Robbe-Grillet, l'essentiel de la littérature est l'écriture plutôt que la signification. Comme il l'explique, l'art littéraire de Flaubert ou de Camus est tout entier dans la formulation de l'énoncé, et ne tient que par quelques points d'attache à son « sens ». Autrement dit, ce qui fait littérature, c'est en dernier ressort une manière de dire. Reste donc à remplacer à ce mode de lecture-ci par une littérature qui estompera les clivages traditionnels entre forme et contenu, message et écriture, intrigue et cadre, etc. Ce nouveau genre littéraire, que Robbe-Grillet définit négativement en énumérant ce qu'il ne sera pas, ne s'attaquerait pas au mode de lecture traditionnel ni en 'épatant la bourgeoisie' ni en fournissant une thèse. Il s'agit au contraire de « résoudre le problème de l'antérieur » de l'enjeu langagier, à travers une nouvelle pratique d'écriture qui jaillirait de la ligne tracée par les œuvres de Joyce, Faulkner et Camus.
En apparentant cette manière neuve d'écrire à l'œuvre romanesque de Sartre, Robbe-Grillet rappelle la valeur positive qu'il accorde à l'absence et au silence dans la Jalousie. Les murs de notation vertigineux qui s'accumulent dans ce roman sont percés par l'absence d'action cohérente, de temporalité linéaire et de personnages à psychologie 'réaliste'. Si la dette littéraire à Sartre semble évidente (on se rappelle les vides et les mots à demi effacés au début de La Nausée), on pense aussi au « nul ptyx/ Insolite vaisseau d’inanité sonore, » de Mallarmé ou à la casquette de Charles Bovary, au prologue de Don Quichotte, bref au trope de la description qui s'efface ou se désagrège au fur et à mesure qu'elle se développe.

Tuesday, April 6, 2010

la fascination esthétique dans La nausée

La principale difficulté pour moi en lisant ce texte, c'est qu'il s'agit d'un roman à thèse. Or le lire comme un énoncé métaphysique ressortissant à une formulation romanesque, c'est ignorer ou au moins minimaliser l'importance de l'innovation que Sartre insère dans le texte. Je pense surtout à la désarticulation du cadre narratif. En donnant au roman la structure d'un journal intime raconté au présent, le récit est dépouillé de toute cohérence diégétique linéaire : les épisodes constitutifs de la trame diégétique s'additionnent sans qu'ils semblent à aboutir à quoi que ce soit. Le roman semble d'ailleurs reposer sur deux principes. Le premier, qu'on attribue à Flaubert(attention, je ne suis pas sûr) dit que le réalisme se sépare toujours du réel. Le deuxième, c'est la maxime de Baudelaire : le beau est toujours bizarre. Ces deux principes semblent structurer la scène où Roquentin regarde les tableaux des Pacômes. Plus le narrateur les étudie, plus sa description se détache du réel est s'approche d'une hallucination. La beauté qui se lit sur les visages de ces 'chefs' ne vient pas de leur caractère exceptionnel, mais plutôt de leur banalité.

II était debout, la tête légèrement rejetée en arrière, il tenait d'une main, contre son pantalon gris perle, un chapeau haut de forme et des gants. Je ne pus me défendre d'une certaine admiration: je ne voyais rien en lui de médiocre, rien qui donnât prise à la critique: petits pieds, mains fines, larges épaules de lutteur, élégance discrète, avec un soupçon de fantaisie. II offrait courtoisement aux visiteurs la netteté sans rides de son visage; l'ombre d'un sourire flottait même sur ses lèvres. Mais ses yeux gris ne souriaient pas. Il pouvait avoir cinquante ans : il était jeune et frais comme à trente. Il était beau.

En liant les caractéristiques de ce portrait à une idée préconçue de bienveillance haute bourgeoise, à un 'droit', le narrateur en vient le qualifier de 'beau'. Ici, le beau ce n'est ni la beauté exceptionnelle ni la beauté bizarre. Au contraire, il semble s'agit d'une beauté banale. Dans l'esprit du narrateur, ce qu'il y a de plus bizarre et de plus déconcertant et d'inquiétant, c'est le banal, le quotidien, la trace ineffaçable qui demeure aux confins du réel et de l'idéal. Dans ce modèle de beauté, on en fait le tour du cercle, passant par le bizarre pour rattraper le banal.

Tuesday, March 30, 2010

Traces et restes dans La nausée

Je vais essayer d'une façon un peu désordonnée d'aborder un thème dans La nausée que, quoique méritant une analyse plus poussée, est pour moi toujours un peu des idées en l'air. Commençons par le commencement, le début du roman est déroutant pour plusieurs raisons, moi j'ai remarqué surtout le mot laissé en blanc à la fin du deuxième paragraphe. Ce n'est pas la seule fois que ce phénomène arrive, quelques lignes plus bas il y en a un autre, « raturé (peut-être 'forcer' ou 'forger'), un autre rajouté en surcharge est illisible). Un avertissement de compilateur placé en prologue informe qu'on a affaire à une espèce de journal intime, mais qui semble se situer plutôt sous le signe de la pléthore, une paperasse de feuillets, tantôt datés tantôt sans date. Le héros de cette masse parfois illisible, c'est Roquentin, historien qui habite une ville portuaire, mélancolique, solitaire et hypersensible à son environnement, grand-neveu de des Esseintes, cousin de Meursault. Il porte un intérêt particulier aux traces, à des objets fragmentaires, à tout ce qui manque de quelque chose. Il s'intéresse aux bouts de papier abandonnés, aux restes de feuilles de cahier, aux morceaux de journaux. Ses méditations sont parsemées de mots qui évoquent le fragmentaire, qui ont quelque chose de supplémentaire, tels que « maculé ». On pense tout de suite à 'immaculé', et il en va de même pour ce mot qu'il voit griffonné sur une planche : « purâtre », à la fois pur et impur. J'ai l'impression qu'il se passe quelque chose de très derridien quant à toutes ces traces.

Notes décousues : est-ce que les lignes « au bord de la mer, quand je tenais ce galet. C'était une espèce d'écoeurement douceâtre » a inspire un poème à Ponge ?

L'air dans l'opéra Cavalleria Rustica figure dans la bande sonore de Raging Bull.

Tuesday, March 23, 2010

illusionnement et désillusion dans Du côté de chez Swann, 152-192

Au niveau de la trame narrative, Du côté de chez Swann se ressemble beaucoup à Bouvard et Pécuchet (ou à un certain roman de Huysmans auquel je tiens particulièrement), puisque des échecs successifs et des épisodes décevants sont constitutifs la diégèse. Les matières romanesques traditionnelles—l'argent, l'amour etc—sont repoussées à l'arrière-plan de la trame. La figure cyclique qui donne une cohérence à la diégèse, c'est le processus d'illusion et de désillusion. Dès le début, le narrateur s'identifie à ce mouvement cyclique. Lorsque sa mère consent à coucher le narrateur alors petit en lui lisant un roman de Sand, il perçoit ce compromis comme « une première abdication de sa part devant l'idéal qu'elle avait conçu pour moi ». Il imagine le spectacle théâtral « d'une façon si peu exacte » qu'il se figure une représentation où tout serait fait dans le but de plaire à lui seul (comble du solipsisme). Il appelant son ancien amour naïf pour le théâtre un « amour platonique », le narrateur évoque l'inaccessibilité de cet amour idéal. De même, il y a un décalage entre l'image que le narrateur forme de la duchesse de Guermantes (« je me la représentais avec les couleurs d'une tapisserie ou d'un vitrail ») et son véritable corps. Ce décalage (dont la « déception » de la part du narrateur « était grande ») entre le 'vraisemblable' apparence de la duchesse et sa réelle apparence ne signale pas qu'elle soit partagée entre deux identités, mais plutôt la nature double du narrateur. Au lieu d'organiser ses opinions autour de la vie réelle, le narrateur commence toujours par l'idéel illusoire pour pouvoir ensuite retomber plus avec plus de certitude dans la désillusion.

Wednesday, March 10, 2010

Elstir

Para el deleite de mi fiel lectoria española he emprendido la pluma y traducido un trozo del divino Proust espero que les plazca :

Pero ahí podía yo discernir que el encanto de cada una (de las obras de Elstir) consistía en una especie de metamorfosis de lo representado, análoga a la que se llama metáfora en la poesía y que si Dios padre había creado las cosas al nombrarlas, fue al quitarles su nombre o el darles otro que Elstir las recreaba. Los nombres que designan las cosas siempre corresponden a una noción de la inteligencia, ajena a nuestras verdaderas impresiones y que nos obliga a eliminar de ellas todo lo que no se relaciona con esa noción.

A veces, cerca de mi ventana, en el hotel de Balbec, en la mañana cuando Françoise descorría las cortinas que cubrían la luz, por la noche cuando esperaba yo la hora de salir con Saint Loup, me había sucedido que gracias a un efecto de luz tomaba yo la parte más sombría del mar por una costa lejana, o miraba con alegría una región azul y fluida sin saber si ella pertenecía al cielo o al mar. En seguida mi inteligencia restablecía la separación que esta impresión hubiera abolido. Así, en París me sucedió, en mi pieza, que oía yo una disputa, casi un alboroto, hasta vincularlo a su causa, por ejemplo el rodar de un coche que se acercaba, ese ruido del cual yo procuraba entonces eliminar le agudo y discordante griterío que mi oído había realmente percibió, pero que mi inteligencia sabía que no producían ruedas. Pero esos raros momentos cuando la naturaleza se revela tal como ella es, es decir poéticamente, era de aquel tipo de momento que estaba hecha la obra de Elstir. Una de las metáforas más frecuentes en las marinas que tenía Elstir por ahí en ese momento era justamente la que, al comparar la tierra con el mar, borraba entre los dos toda demarcación limítrofe. Era esa comparación tácita e incansablemente reiterada en una misma tela que le otorgaba esa unidad multiforme y poderosa, el motivo, a veces no notado por los demás, del entusiasmo que provocaba en algunos aficionados a la pintura de Elstir.

Es por ejemplo a una metáfora de ese tipo -- en un lienzo representando el puerto de Carquethuit, un lienzo que había acabado Elstir desde hacía pocos días y que yo miré largamente -- que Elstir había preparado la mente del espectador al limitarse a utilizar motivos marinos para el pequeño pueblo, y motivos urbanos para el mar.

Tuesday, March 9, 2010

Cote de chez Swann pt2

Dans Semiology and Rhetoric, de Man parle de la dialectique tropique, où la métaphore et la métonymie s'enchevêtrent, qui se produit souvent dans l'œuvre proustienne. Mais essentiellement il parle du fait que Proust fait découvrir à son lecteur l'inexistence de la supposée séparation entre auteur et lecteur, ou entre écriture et déchiffrement. La (dé)construction de la signification du texte est un travail mutuel.
Bien qu'il serait d'un grand intérêt de démontrer comment cette circulation tropique peut se manifester dans le texte, le rapprochement de l'auteur et du lecteur est thématisé et présenté même au niveau de la diégèse. Fervent de la lecture, le narrateur (on a dit pendant la dernière classe que son nom est Marcel, pourtant je n'y ai trouvé aucune allusion) parfois confond la vie et la littérature, ou l'inverse c'est selon. Ce faisant, il souligne le rapport complémentaire (ou supplémentaire) entre la lecture et l'écriture. Considérons un passage tiré de la lecture de la semaine passée :

Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons « voir une personne que nous connaissons » est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons de lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.

Comme de Man le met en avant dans son article (veuillez pardonner le manque de références), Proust crée une écriture meta-textuelle. Les personnes que le narrateur connait et qui sont gonflées des impressions que le narrateur en forme dans son esprit ressemblent à des enveloppes transparents, ni complétement matérielles ni imaginées, parce qu'il sont avant tout des personnages. Si, comme on le voit plus bas, Marcel confond ses lectures avec la vie réelle, si ses lectures semblent occuper trop d'espace dans le texte et suppléer à la matière romanesque traditionnelle—le développement d'intrigue, le sexe, l'argent, l'action—c'est pour faire remarquer il est dans un roman. Ces allusions ou clins d'œil meta-littéraires renvoient au fait de lire, à un niveau primordial de la lecture, et rappellent que la lecture est un processus qu'achèvent ensemble le lecteur et l'auteur.

Tuesday, March 2, 2010

Deux observations et une question quant à la scène de mort

Dans la scène où Emma est sur le lit de mort, ayant avalé une dose mortelle d'acide arsénieux, le moment qui attire le plus l'attention des lecteurs, c'est l'apparition de l'Aveugle. Quelle est la signification de l'intervention de l'Aveugle et sa chansonnette, et de la réaction qu'ils provoquent en Emma ? Moi je crois que cette apparition apprend à Emma deux leçons sur la vie dont elle ne s'est rendu compte auparavant. La mort étant alors proche et inévitable, elle se rend compte à la fin de sa vie d'un certain déterminisme qui en suivaient le cours. Car il y a deux moments où Emma fait l'écoute de la musique campagnarde, si l'on se le rappelle. Lors du mariage d'Emma et Charles, un ménétrier qui en jouant du violon attire les invités par sa musique :

Le ménétrier allait en avant avec son violon empanaché de rubans à la coquille.

Malgré le sous-entendu sinistre d'un joueur de flûte menant la foule par le bout du nez, on est toujours à un moment dans la diégèse où Emma peut attendre le bonheur. Peut-être la chansonnette grivoise de l'Aveugle reporte-t-elle l'esprit d'Emma à cette époque plus optimiste, ce qui par contraste lui met en relief l'impossibilité d'atteindre ce bonheur illusoire. Cette chansonnette semble lui révéler aussi la nature de la sexualité masculine qu'auparavant elle ne manquait jamais de romantiser :

Souvent la chaleur d'un beau jour
Fait rêver fillette à l'amour.
Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s'inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.
Il souffla bien fort ce jour-là,
Et le jupon court s'envola!

Jusque là dans la diégèse, le rire au grotesque est réservé au lecteur. Il est le seul qui rie quand Hippolyte perd sa jambe, ou pendant les scènes de cul sous-entendues. Emma n'en rit jamais tout au long de la diégèse. Ce n'est qu'à la fin de sa vie, lorsque l'arsenic coule dans es veines et la mort est proche, que la figure inquiétante et souffrant avec sa chanson burlesque, lui fait comprendre l'amour des hommes, un amour tout bestial et physique sans idéal romantique ou transcendance, aussi grossier et instinctif que le rut des animaux. Cette prise de conscience qui lui est parfaitement inutile, lui fait pousser un fou rire convulsif qui parachève sa dernière agonie moribonde.

De plus, cette scène souligne le fait que Homais le pharmacien vit par procuration, à travers la réputation des autres. De manière ignoble, Homais se jouit de la présence d'un célèbre tel que le docteur Canivet, même si cette présence signifie aussi la mort d'Emma. Pour se faire bien voir de lui, il met beaucoup de soin à lui préparer un repas aussi élégant que possible. La peine indécente qu'il se donne pour lui servir s'oppose aux pédanteries inutiles qui coûtent la vie à Emma. Plus haut on lit un cas parallèle : « le pharmacien se plaisait beaucoup à prononcer ce mot docteur, comme si en l'adressant à un autre, il eût fait rejaillir sur lui-même quelque chose de la pompe qu'il y trouvait ».

Pour clore je vous laisse une question qui peut intéresser : peut-on lire cette scène de mort comme mise en scène ironique de la morte de Socrate ?

Tuesday, February 23, 2010

Homais, personnage anodin ou dangereux

Dès la seconde partie du roman le lecteur se renseigne sur le pharmacien pédant et cauteleux Monsieur Homais. Au début de cette partie, on le concevrait volontiers sous les traits d'un sot qui abuse du lexique scientiste et médical pour s'en approprier l'autorité. Pourtant on devine rapidement qu'il s'agit d'un personnage beaucoup plus sinistre et rusé qu'il n'en a l'air au commencement.
La première chose qu'on apprend quant à Homais, c'est la description de sa boutique. On remarque l'orgueil démesuré du pharmacien (que le narrateur nomme de manière dérisoire « chimiste ») qui fait peindre son nom partout en lettres d'or. Les amas de produits, réunis dans sa maison pour des raisons de commerce plutôt que pour la santé d'autrui, semblent relevés de l'épicerie au lieu de la pharmacie. Bien qu'il exerce en principe le métier d'apothicaire, son existence est dominée plutôt par le paraître et le qu'en dira-t-on villageois. Pour se donner des airs de scientifique rationnel, il prétend être fier de faire partie de nombreuses « sociétés savantes » (en réalité d'une seule, « la Société agronomique de Rouen... section d’agriculture, classe de pomologie »). Il préfère toujours utiliser le mot technique au commun, appelant ainsi le rhume « Coryza » ; la saignée, « phlébotomie » et le pied-bot, « stréphopode ». Il rebaptise pompeusement son bureau « laboratoire », où il prétend avoir composé des articles scientifiques (encore il n'en a écrit qu'un sur la fermentation du cidre). Somme toute, on dégage la figure d'un homme qui a des prétentions d'érudite mais qui est peu perspicace. Mais deux événements suggèrent le côté sinistre de ce 'petit sot'. Aveuglé par son projet irréaliste de se faire célèbre en convaincant Charles Bovary d'opérer le pied-bot Hippolyte (personnage qui dans le théâtre de Racine meurt lorsqu'il tombe de son char et est traîné des talons par terre), Homais est cause directe de l'amputation que de docteur Canivet doit faire à celui-là quand la chirurgie échoue. Plus bas Emma s'empoisonne en avalant de l'arsenic qu'elle a volé chez l'apothicaire. Il faut alors appeler au pharmacien qui au lieu de administrer un vomitif à Emma, conseille de faire une analyse, « car il savait qu'il faut dans tout les empoisonnements faire une analyse ». En faisant perdre de précieux instants, cette stupide tentative de la part de Homais de sauvegarder les apparences de rigueur scientifique finit par coûter la vie à Emma. On imagine mal Homais comme un cerveau machiavelique, mais il s'acharne sur ses ennemis--le prêtre, le precepteur et le maire.

Tuesday, February 16, 2010

Madame Bovary, "mœurs de province ?"

Je me suis déjà posé la question à plusieurs reprises en lisant ce roman, en quoi ou dans mesure répond-til au sous-titre "mœurs de province". D'un côté c'est vrai que Flaubert y a mis de nombreux détails concernant la vie en province. Pourtant le sujet supposé n'est pas décrit de façon encyclopédique, c'est-à-dire que Flaubert ne s'occupe pas d'expliquer l'aborder directement. Au lieu de fournir de longues digressions précisant, par exemple, comment les noces se passent à Tostes, Flaubert nous explique qu'on s'adonne à des "plaisanteries d'usage" telles que le "souffler de l'eau... par le trou de la serrure" de la chambre des époux. Le provincialisme s'incrit dans le texte comme autant de vagues références à la médiocrité, à la hardiesse et à la mesquinerie. Comme la filature de lin, le provincialisme est une curiosité qui pourtant n'a rien de curieux ; il suffit d'en évoquer la médiocrité pour pouvoir se passer de plus amples commentaires. Quand le texte fait mention, en revanche, d'un fait historique ou véridique de façon directe, l'effet est d'intériorisation plutôt que d'extériorisation. Lorsque Balzac, par exemple, rappelle quelque fait historique, la narration semble monter au ciel afin de permettre une ample perspective de l'horizon social. Chez Flaubert, par contre, la mention de la loi fonctionne comme un style indirect libre, car Homais seul connaitrait la "loi du 19 ventôse au XI ar. Ier".

Thursday, February 11, 2010

l'humour burlesque de la trame narrative de Madame Bovary

(je vous prie de pardonner le titre en peu 'paper topic' de ce post)
J'ai toujours été étonné que tellement de lecteurs de Flaubert trouvent en lui un grand romancier réaliste. Car on sait qu'il existe un mythe autour de la figure de l'écrivain flaubertien, un mythe dont tout lecteur a entendu parler, même celui qui n'a pas encore lu aucun de ses ouvrages. Il s'agit d'un auteur soumis aux supplice d'un processus d'écriture presque masochiste, obsédé jusqu'à la défaillance physique par les exigences du beau style et par la tortueuse recherche du mot juste ; un soigneux peintre de la vie motivé par l'unique souci d'entrer dans le vif du réel, en choisissant le mot exact, la construction précise, la phrase révélatrice.
Pourtant, les procédés humoristiques du texte semblent signaler constamment caractère artificiel de l'entreprise romanesque. Pour faire mieux comprendre le sujet qui m'intéresse, je pose d'abord la question, qu'est-ce qu'il y a de comique dans la narration ? Comment et pourquoi nous font-ils rire les commentaires du narrateur ? Au fond, l'humour de Flaubert repose sur la citation : il ne manipule ni change les mots qu'il fait dire à ses personnages, ou plutôt, l'humour ne repose pas sur un changement lexique. Il ne tourne pas en ridicule les propos de ses personnages en les reformulent, ou même en les commentant. Le narrateur n'insulte directement jamais. Au contraire, il tourne en ridicule leurs propos en les citant. Quand il ajoute l'éclaircissement que la femme de Charles « déjoua même fort habilement les intrigues d'un charcutier qui était soutenu par les prêtres », qu'y a-t-il de rigolo à faire concurrence à un charcutier, ou dans le fait que celui-ci soit « soutenu par les prêtres » ? Pourquoi la phrase, « Débarrassez-vous donc de votre casquette, dit le professeur, qui était un homme d'esprit » se prête à rire ? D'une part, il s'agit de l'emploi du style indirecte libre. Flaubert reproduit les propos des personnages par le biais de son propre esprit, c'est-à-dire en ses propres termes. D'autre, il y a quelque chose de vaguement burlesque—c'est-à-dire, qui travestit un discours dont le registre est 'noble' en y mêlant du vulgaire—à réunir dans une même phrase une partie qui constate un fait vraisemblable et parfaitement quotidien, voire légèrement honteux (l'incivilité du propos du professeur, le fait que l'autre prétendant soit un charcutier) avec une autre qui consiste toujours à louer un peu trop l'événement ou le personnage évoqué par la première. Autrement dit, à travers l'emploi du style indirect libre, Flaubert crée un récit burlesque qui fait remarquer son propre caractère artificiel et fabriqué. Le rire flaubertien renvoie à l'artifiel du texte.

Tuesday, February 9, 2010

Deux ou trois choses à ajouter à l'article de Felman

Felman prétend que le personnage de Paquita incarne l'insolite (pas sûr que unheimliche se traduise par ce mot mais tant pis je prends des libertés, c'est moi qui commande ici!) de la différence sexuelle, c'est-à-dire la curieuse familiarité et l'étrangeté que réunit l'énigme posé par sa tendance et son identité sexuelles. Ainsi la fascination qu'Henri porte à sa relation avec Paquita peut-elle se traduire à la fois soit comme retour à la matrice maternelle soit comme fantasme narcissique masturbatoire. J'ai dit quelques mots touchant au décor du boudoir où Paquita et Henri se recontrent la première fois. Notamment, j'ai remarqué l'apparente contradiction entre la singularité de ce décor (l'opulence exotique et sensuelle des ondulantes colonnes de velours qui en recouvrent tous les murs et toutes les surface, qui est suggestive d'un si haut dégré de raffinement qu'il ne conviendrait au goût de personne) et son universalité (personne ne saurait résister à son charme tout sexuel). Le fait que le boudoir soit à la fois décrit comme un havre de paix idéal pour la sexualité narcissique et onomastique d'Henri et comme une représentation à l'orientale de la matrice de la mère renvoie à la thèse de Felman. Ce n'est pas par hasard, me semble-t-il, que cet espace soit aussi familier et paisible qu'exotique et étrange.

En se qui se rapporte au nom de 'Mariquita', Felman en passe les implications bisexuelles sous silence. Son étymologie est très intéressante et mérite bien d'être racontée (surtout parce que parler des étymologies réveille ma fibre pédante). Aux temps jadis où les espagnols entreprenaient encore la tâche de civiliser notre nouveau continent, 'Maria' étaient indifféramment un nom masculin ou féminin selon la personne. Pour les distinguer, on avait recours à des diminutifs, 'Marico' ou 'Marica'. Au cours des siècles, Marica s'est transformé en une injure signifiant sodomite (lit., un homme qui a des traits féminins).

Thursday, February 4, 2010

LFAYD'O pt ii

L'emploi du style indirecte libre rend ambigu si le boudoir où Paquita et Henri se retrouvent est décrit du point de vue de celui-ci ou du narrateur. Cette description se trouve intercalé entre deux scènes d'action, c'est-à-dire deux morceaux qui font avancer la diégèse : le voyage en fiacre au logement où Paquita s'attend à Henri, et la dispute qui arrive quand la jalousie d'Henri remonte à la surface. Ceux-ci sont des scènes où des événements se passent, elles ont le caractère de faits indiscutables, à la différence du passage de description mis entre elles. Mais à l'apparition de la phrase, « une main de femme poussa sur un divan et lui dénoua le foulard », le texte passe à détailler l'environnement du boudoir de Paquita, et on ne sait plus trop si c'est la voix du narrateur ou d'Henri. On voit sans difficulté que la narration rapproche le caractère de Paquita et le décor de cette chambre : le narrateur—soit Balzac soit Henri—fait remarquer le même mélange de traits occidentaux (tapisserie en forme de colonnes grecques, un haut raffinement de composition qui s'approche du goût décoratif parisien) et exotiques, la réunion de la beauté la plus noble et la laideur d'un monde dont Henri n'a aucune vision, le monde de l'esclavage, de la prostitution, des bas-fonds, enfin la même volupté irrésistible. Pourtant, ce passage renvoie non seulement à la description de Paquita, mais aussi à celle d'Henri, qui quelques pages plus haut est dépeint à la fois et comme le parisien idéal et comme tyran à l'oriental. Ainsi, malgré l'insistance que nul homme ne pourrait résister à l'érotisme bouillonnant de ce décor (« Ainsi tout ce que l'homme a de vague et de mystérieux en lui-même, toutes ses affinités inexpliquées se trouvaient caressées dans leurs sympathies involontaires. Il y avait dans cette harmonie parfaite un concert de couleurs auquel l'âme répondait par des idées voluptueuses, indécises, flottantes »), il semble conçu exprès pour répondre au goût d'une seule personne aristocrate et dandyesque : Henri. La description de la chambre a beau revendiquer une perspective réaliste et objective, elle reflète l'esprit du protagoniste.

Tuesday, February 2, 2010

Fille aux yeux d'or p.1

Balzac voudrait faire croire à son lecteur qu'il vaut mieux savoir lire dans l'apparence des gens leur vrai caractère et en profiter qu'avoir de l'argent, ou bien que savoir en gagner. L'éducation sociale qu'Henri réçoit lui permet de dégager du visage, du corps et de la mise d'une personne la description du caractère caché dedans. Jointe aux connaissances dans la haute société que son père adoptif lui fait faire, cette éducation équivaut selon Balzac à “à cent autres mille livres de rente”. Par contre, son ami Paul, un niais dont tout le monde se moque et s'abuse, est héritier d'une assez grande fortune, mais il en gaspille deux tiers. Pourtant le narrateur suggère que quoique moins talentueux et futé qu'Henri, Paul sait lire les gens aussi à sa manière.
Le monde de Balzac est plein de signes. Il insiste sur le rapprochement de femme et d'argent en donnant à Paquita des yeux d'or et en la decrivant comme une “espèce” de femme. Dans la scène où Paquita et Henri se revoient et flirent à l'insu de la gouvernesse, ils se promènent par la rue Castiglione. Lorsque le narrateur décrit la paternité et l'enfance de Paul, le narrateur introduit imprévisiblement un gentilhomme espagnol appelé “Hijos” (fils).

Fille aux yeux d'or p.1

Balzac voudrait faire croire à son lecteur qu'il vaut mieux savoir lire dans l'apparence des gens leur vrai caractère et en profiter qu'avoir de l'argent, ou bien que savoir en gagner. L'éducation sociale qu'Henri réçoit lui permet de dégager du visage, du corps et de la mise d'une personne la description du caractère caché dedans. Jointe aux connaissances dans la haute société que son père adoptif lui fait faire, cette éducation équivaut selon Balzac à “à cent autres mille livres de rente”. Par contre, son ami Paul, un niais dont tout le monde se moque et s'abuse, est héritier d'une assez grande fortune, mais il en gaspille deux tiers. Pourtant le narrateur suggère que quoique moins talentueux et futé qu'Henri, Paul sait lire les gens aussi à sa manière.
Le monde de Balzac est plein de signes. Il insiste sur le rapprochement de femme et d'argent en donnant à Paquita des yeux d'or et en la decrivant comme une “espèce” de femme. Dans la scène où Paquita et Henri se revoient et flirent à l'insu de la gouvernesse, ils se promènent par la rue Castiglione. Lorsque le narrateur décrit la paternité et l'enfance de Paul, le narrateur introduit imprévisiblement un gentilhomme espagnol appelé “Hijos” (fils).