La principale difficulté pour moi en lisant ce texte, c'est qu'il s'agit d'un roman à thèse. Or le lire comme un énoncé métaphysique ressortissant à une formulation romanesque, c'est ignorer ou au moins minimaliser l'importance de l'innovation que Sartre insère dans le texte. Je pense surtout à la désarticulation du cadre narratif. En donnant au roman la structure d'un journal intime raconté au présent, le récit est dépouillé de toute cohérence diégétique linéaire : les épisodes constitutifs de la trame diégétique s'additionnent sans qu'ils semblent à aboutir à quoi que ce soit. Le roman semble d'ailleurs reposer sur deux principes. Le premier, qu'on attribue à Flaubert(attention, je ne suis pas sûr) dit que le réalisme se sépare toujours du réel. Le deuxième, c'est la maxime de Baudelaire : le beau est toujours bizarre. Ces deux principes semblent structurer la scène où Roquentin regarde les tableaux des Pacômes. Plus le narrateur les étudie, plus sa description se détache du réel est s'approche d'une hallucination. La beauté qui se lit sur les visages de ces 'chefs' ne vient pas de leur caractère exceptionnel, mais plutôt de leur banalité.
II était debout, la tête légèrement rejetée en arrière, il tenait d'une main, contre son pantalon gris perle, un chapeau haut de forme et des gants. Je ne pus me défendre d'une certaine admiration: je ne voyais rien en lui de médiocre, rien qui donnât prise à la critique: petits pieds, mains fines, larges épaules de lutteur, élégance discrète, avec un soupçon de fantaisie. II offrait courtoisement aux visiteurs la netteté sans rides de son visage; l'ombre d'un sourire flottait même sur ses lèvres. Mais ses yeux gris ne souriaient pas. Il pouvait avoir cinquante ans : il était jeune et frais comme à trente. Il était beau.
En liant les caractéristiques de ce portrait à une idée préconçue de bienveillance haute bourgeoise, à un 'droit', le narrateur en vient le qualifier de 'beau'. Ici, le beau ce n'est ni la beauté exceptionnelle ni la beauté bizarre. Au contraire, il semble s'agit d'une beauté banale. Dans l'esprit du narrateur, ce qu'il y a de plus bizarre et de plus déconcertant et d'inquiétant, c'est le banal, le quotidien, la trace ineffaçable qui demeure aux confins du réel et de l'idéal. Dans ce modèle de beauté, on en fait le tour du cercle, passant par le bizarre pour rattraper le banal.
aki puro filete sobre la la novela realista francesa
Subscribe to:
Post Comments (Atom)
Blog Archive
-
▼
2010
(14)
- ► 04/18 - 04/25 (1)
- ► 03/28 - 04/04 (1)
- ► 03/21 - 03/28 (1)
- ► 03/07 - 03/14 (2)
- ► 02/28 - 03/07 (1)
- ► 02/21 - 02/28 (1)
- ► 02/14 - 02/21 (1)
- ► 02/07 - 02/14 (2)
- ► 01/31 - 02/07 (3)
-
►
2009
(21)
- ► 11/29 - 12/06 (1)
- ► 11/22 - 11/29 (1)
- ► 11/15 - 11/22 (1)
- ► 11/08 - 11/15 (1)
- ► 11/01 - 11/08 (1)
- ► 10/25 - 11/01 (1)
- ► 10/11 - 10/18 (1)
- ► 10/04 - 10/11 (1)
- ► 09/27 - 10/04 (2)
- ► 09/20 - 09/27 (2)
- ► 09/13 - 09/20 (2)
- ► 09/06 - 09/13 (2)
- ► 04/26 - 05/03 (3)
- ► 03/08 - 03/15 (1)
- ► 03/01 - 03/08 (1)
-
►
2008
(10)
- ► 11/16 - 11/23 (2)
- ► 11/02 - 11/09 (1)
- ► 10/26 - 11/02 (2)
- ► 10/12 - 10/19 (2)
- ► 09/21 - 09/28 (1)
- ► 09/14 - 09/21 (1)
- ► 09/07 - 09/14 (1)

No comments:
Post a Comment