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Tuesday, February 23, 2010

Homais, personnage anodin ou dangereux

Dès la seconde partie du roman le lecteur se renseigne sur le pharmacien pédant et cauteleux Monsieur Homais. Au début de cette partie, on le concevrait volontiers sous les traits d'un sot qui abuse du lexique scientiste et médical pour s'en approprier l'autorité. Pourtant on devine rapidement qu'il s'agit d'un personnage beaucoup plus sinistre et rusé qu'il n'en a l'air au commencement.
La première chose qu'on apprend quant à Homais, c'est la description de sa boutique. On remarque l'orgueil démesuré du pharmacien (que le narrateur nomme de manière dérisoire « chimiste ») qui fait peindre son nom partout en lettres d'or. Les amas de produits, réunis dans sa maison pour des raisons de commerce plutôt que pour la santé d'autrui, semblent relevés de l'épicerie au lieu de la pharmacie. Bien qu'il exerce en principe le métier d'apothicaire, son existence est dominée plutôt par le paraître et le qu'en dira-t-on villageois. Pour se donner des airs de scientifique rationnel, il prétend être fier de faire partie de nombreuses « sociétés savantes » (en réalité d'une seule, « la Société agronomique de Rouen... section d’agriculture, classe de pomologie »). Il préfère toujours utiliser le mot technique au commun, appelant ainsi le rhume « Coryza » ; la saignée, « phlébotomie » et le pied-bot, « stréphopode ». Il rebaptise pompeusement son bureau « laboratoire », où il prétend avoir composé des articles scientifiques (encore il n'en a écrit qu'un sur la fermentation du cidre). Somme toute, on dégage la figure d'un homme qui a des prétentions d'érudite mais qui est peu perspicace. Mais deux événements suggèrent le côté sinistre de ce 'petit sot'. Aveuglé par son projet irréaliste de se faire célèbre en convaincant Charles Bovary d'opérer le pied-bot Hippolyte (personnage qui dans le théâtre de Racine meurt lorsqu'il tombe de son char et est traîné des talons par terre), Homais est cause directe de l'amputation que de docteur Canivet doit faire à celui-là quand la chirurgie échoue. Plus bas Emma s'empoisonne en avalant de l'arsenic qu'elle a volé chez l'apothicaire. Il faut alors appeler au pharmacien qui au lieu de administrer un vomitif à Emma, conseille de faire une analyse, « car il savait qu'il faut dans tout les empoisonnements faire une analyse ». En faisant perdre de précieux instants, cette stupide tentative de la part de Homais de sauvegarder les apparences de rigueur scientifique finit par coûter la vie à Emma. On imagine mal Homais comme un cerveau machiavelique, mais il s'acharne sur ses ennemis--le prêtre, le precepteur et le maire.

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