(je vous prie de pardonner le titre en peu 'paper topic' de ce post)
J'ai toujours été étonné que tellement de lecteurs de Flaubert trouvent en lui un grand romancier réaliste. Car on sait qu'il existe un mythe autour de la figure de l'écrivain flaubertien, un mythe dont tout lecteur a entendu parler, même celui qui n'a pas encore lu aucun de ses ouvrages. Il s'agit d'un auteur soumis aux supplice d'un processus d'écriture presque masochiste, obsédé jusqu'à la défaillance physique par les exigences du beau style et par la tortueuse recherche du mot juste ; un soigneux peintre de la vie motivé par l'unique souci d'entrer dans le vif du réel, en choisissant le mot exact, la construction précise, la phrase révélatrice.
Pourtant, les procédés humoristiques du texte semblent signaler constamment caractère artificiel de l'entreprise romanesque. Pour faire mieux comprendre le sujet qui m'intéresse, je pose d'abord la question, qu'est-ce qu'il y a de comique dans la narration ? Comment et pourquoi nous font-ils rire les commentaires du narrateur ? Au fond, l'humour de Flaubert repose sur la citation : il ne manipule ni change les mots qu'il fait dire à ses personnages, ou plutôt, l'humour ne repose pas sur un changement lexique. Il ne tourne pas en ridicule les propos de ses personnages en les reformulent, ou même en les commentant. Le narrateur n'insulte directement jamais. Au contraire, il tourne en ridicule leurs propos en les citant. Quand il ajoute l'éclaircissement que la femme de Charles « déjoua même fort habilement les intrigues d'un charcutier qui était soutenu par les prêtres », qu'y a-t-il de rigolo à faire concurrence à un charcutier, ou dans le fait que celui-ci soit « soutenu par les prêtres » ? Pourquoi la phrase, « Débarrassez-vous donc de votre casquette, dit le professeur, qui était un homme d'esprit » se prête à rire ? D'une part, il s'agit de l'emploi du style indirecte libre. Flaubert reproduit les propos des personnages par le biais de son propre esprit, c'est-à-dire en ses propres termes. D'autre, il y a quelque chose de vaguement burlesque—c'est-à-dire, qui travestit un discours dont le registre est 'noble' en y mêlant du vulgaire—à réunir dans une même phrase une partie qui constate un fait vraisemblable et parfaitement quotidien, voire légèrement honteux (l'incivilité du propos du professeur, le fait que l'autre prétendant soit un charcutier) avec une autre qui consiste toujours à louer un peu trop l'événement ou le personnage évoqué par la première. Autrement dit, à travers l'emploi du style indirect libre, Flaubert crée un récit burlesque qui fait remarquer son propre caractère artificiel et fabriqué. Le rire flaubertien renvoie à l'artifiel du texte.
aki puro filete sobre la la novela realista francesa
Thursday, February 11, 2010
Tuesday, February 9, 2010
Deux ou trois choses à ajouter à l'article de Felman
Felman prétend que le personnage de Paquita incarne l'insolite (pas sûr que unheimliche se traduise par ce mot mais tant pis je prends des libertés, c'est moi qui commande ici!) de la différence sexuelle, c'est-à-dire la curieuse familiarité et l'étrangeté que réunit l'énigme posé par sa tendance et son identité sexuelles. Ainsi la fascination qu'Henri porte à sa relation avec Paquita peut-elle se traduire à la fois soit comme retour à la matrice maternelle soit comme fantasme narcissique masturbatoire. J'ai dit quelques mots touchant au décor du boudoir où Paquita et Henri se recontrent la première fois. Notamment, j'ai remarqué l'apparente contradiction entre la singularité de ce décor (l'opulence exotique et sensuelle des ondulantes colonnes de velours qui en recouvrent tous les murs et toutes les surface, qui est suggestive d'un si haut dégré de raffinement qu'il ne conviendrait au goût de personne) et son universalité (personne ne saurait résister à son charme tout sexuel). Le fait que le boudoir soit à la fois décrit comme un havre de paix idéal pour la sexualité narcissique et onomastique d'Henri et comme une représentation à l'orientale de la matrice de la mère renvoie à la thèse de Felman. Ce n'est pas par hasard, me semble-t-il, que cet espace soit aussi familier et paisible qu'exotique et étrange.
En se qui se rapporte au nom de 'Mariquita', Felman en passe les implications bisexuelles sous silence. Son étymologie est très intéressante et mérite bien d'être racontée (surtout parce que parler des étymologies réveille ma fibre pédante). Aux temps jadis où les espagnols entreprenaient encore la tâche de civiliser notre nouveau continent, 'Maria' étaient indifféramment un nom masculin ou féminin selon la personne. Pour les distinguer, on avait recours à des diminutifs, 'Marico' ou 'Marica'. Au cours des siècles, Marica s'est transformé en une injure signifiant sodomite (lit., un homme qui a des traits féminins).
En se qui se rapporte au nom de 'Mariquita', Felman en passe les implications bisexuelles sous silence. Son étymologie est très intéressante et mérite bien d'être racontée (surtout parce que parler des étymologies réveille ma fibre pédante). Aux temps jadis où les espagnols entreprenaient encore la tâche de civiliser notre nouveau continent, 'Maria' étaient indifféramment un nom masculin ou féminin selon la personne. Pour les distinguer, on avait recours à des diminutifs, 'Marico' ou 'Marica'. Au cours des siècles, Marica s'est transformé en une injure signifiant sodomite (lit., un homme qui a des traits féminins).
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