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Tuesday, November 4, 2008

Idée peu précise sur un rapport Foucault-Laclos

J’avoue que je ne suis pas très chaud pour Michel Foucault. Il me semble que la plupart du temps la critique de Foucault se sert exclusivement de ces exemples qui se prêtent le plus facilement à l’illustration de ses théories, plutôt que l’inverse. Et puis, épris du génie de ses découvertes, il se vante des heureuses coïncidences qui apparaissent entre ses bases et sa théorie, comme s’il s’agissait d’un pur hasard ! Dans le premier chapitre de La volonté de savoir, Foucault, parlant de la criminalisation du comportement sexuel d’« un ouvrier agricole » quelconque, remarque de façon théâtrale : « …l’histoire a voulu qu’il s’appelât Jouy. » Wow, quel joli calembour ; tu m’étonnes Foucault.

Cependant, malgré mes soucis sur la critique foucauldienne, il y a d’intéressants rapports entre les idées avancées dans Histoire de la sexualité et les dynamiques de pouvoir chez Laclos.

Par exemple, je me suis souvent interrogé sur la raison pour laquelle Valmont se sent obligé de raconter à Merteuil tout ce qu’il fait et tout ce qu’il pense. Parfois il parle hyperboliquement de l’amitié qu’il ressent pour elle, ou même de l’amour, mais il n’en parle jamais clairement ou sérieusement. Il semblerait peu probable donc que cet acte d’écriture obsessionnel soit la manifestation innocente de simples désirs sociaux ou érotiques. J’ai commenté dans une autre entrée de blog que Rosemond a pour fonction d’être le confesseur de Tourvel ; je dis maintenant que Merteuil remplit une fonction à peu près pareille. « …je n’ai pas manqué d’élever quelques doutes dans l’esprit de la petite fille, sur la discrétion des confesseurs » (p. 189). D’ailleurs, Valmont parle souvent de ses conquêtes, des plaisirs du libertinage, dans un registre religieux : « je lui ai promis de rester avec elle jusqu'à la résurrection du Hollandais » (p. 178) ; « …depuis que, nous séparant pour le bonheur du monde, nous prêchons la foi chacun de notre côté, il me semble que dans cette mission d’amour, vous avez fait plus de prosélytes que moi. » (p. 85).

Tout cela, c’est bien du Foucault. Commentant les répressions sexuelles qui régnait durant le XVIIIe siècle, il constate que : « On pourrait tracer une ligne qui irait droit de la pastorale du XVIIe siècle à ce qui en fut la projection dans la littérature, et dans la littérature « scandaleuse »… Sade relance l’injonction [de l’église catholique, à tout confesser, soit pensée soit acte] dans les termes qui semblent retranscrits des traités de direction spirituelle : « Il faut à vos récits les détails les plus grands et les plus étendus ; nous ne pouvons juger ce que la passion que vous contez a de relatif aux mœurs et aux caractères de l’homme, qu’autant que vous ne déguisez aucune circonstance ; les moindres circonstances servent d’ailleurs infiniment à ce que nous attendons de vos récits. » » (p. 31, Histoire de la sexualité : la volonté de savoir, édition Gallimard) Un passage de Laclos dans la même veine : « Mais il faut voir comme, dans les folâtres jeux, elle offre l’image d’une gaieté naïve et franche ! comme, auprès d’un malheureux qu’elle s’empresse de secourir, son regard annonce la joie pure et la bonté compatissante ! Il faut voir, surtout au moindre mot l’éloge ou de cajolerie, se peindre, sur sa figure céleste, ce touchant embarras d’une modestie qui n’est point jouée ! » (p. 90)

Faute de temps pour préciser l’argument, je laisse les données sans analyse. Donc à suivre…