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Tuesday, March 9, 2010

Cote de chez Swann pt2

Dans Semiology and Rhetoric, de Man parle de la dialectique tropique, où la métaphore et la métonymie s'enchevêtrent, qui se produit souvent dans l'œuvre proustienne. Mais essentiellement il parle du fait que Proust fait découvrir à son lecteur l'inexistence de la supposée séparation entre auteur et lecteur, ou entre écriture et déchiffrement. La (dé)construction de la signification du texte est un travail mutuel.
Bien qu'il serait d'un grand intérêt de démontrer comment cette circulation tropique peut se manifester dans le texte, le rapprochement de l'auteur et du lecteur est thématisé et présenté même au niveau de la diégèse. Fervent de la lecture, le narrateur (on a dit pendant la dernière classe que son nom est Marcel, pourtant je n'y ai trouvé aucune allusion) parfois confond la vie et la littérature, ou l'inverse c'est selon. Ce faisant, il souligne le rapport complémentaire (ou supplémentaire) entre la lecture et l'écriture. Considérons un passage tiré de la lecture de la semaine passée :

Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons « voir une personne que nous connaissons » est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons de lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.

Comme de Man le met en avant dans son article (veuillez pardonner le manque de références), Proust crée une écriture meta-textuelle. Les personnes que le narrateur connait et qui sont gonflées des impressions que le narrateur en forme dans son esprit ressemblent à des enveloppes transparents, ni complétement matérielles ni imaginées, parce qu'il sont avant tout des personnages. Si, comme on le voit plus bas, Marcel confond ses lectures avec la vie réelle, si ses lectures semblent occuper trop d'espace dans le texte et suppléer à la matière romanesque traditionnelle—le développement d'intrigue, le sexe, l'argent, l'action—c'est pour faire remarquer il est dans un roman. Ces allusions ou clins d'œil meta-littéraires renvoient au fait de lire, à un niveau primordial de la lecture, et rappellent que la lecture est un processus qu'achèvent ensemble le lecteur et l'auteur.

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