aki puro filete sobre la la novela realista francesa
Tuesday, March 23, 2010
illusionnement et désillusion dans Du côté de chez Swann, 152-192
Au niveau de la trame narrative, Du côté de chez Swann se ressemble beaucoup à Bouvard et Pécuchet (ou à un certain roman de Huysmans auquel je tiens particulièrement), puisque des échecs successifs et des épisodes décevants sont constitutifs la diégèse. Les matières romanesques traditionnelles—l'argent, l'amour etc—sont repoussées à l'arrière-plan de la trame. La figure cyclique qui donne une cohérence à la diégèse, c'est le processus d'illusion et de désillusion. Dès le début, le narrateur s'identifie à ce mouvement cyclique. Lorsque sa mère consent à coucher le narrateur alors petit en lui lisant un roman de Sand, il perçoit ce compromis comme « une première abdication de sa part devant l'idéal qu'elle avait conçu pour moi ». Il imagine le spectacle théâtral « d'une façon si peu exacte » qu'il se figure une représentation où tout serait fait dans le but de plaire à lui seul (comble du solipsisme). Il appelant son ancien amour naïf pour le théâtre un « amour platonique », le narrateur évoque l'inaccessibilité de cet amour idéal. De même, il y a un décalage entre l'image que le narrateur forme de la duchesse de Guermantes (« je me la représentais avec les couleurs d'une tapisserie ou d'un vitrail ») et son véritable corps. Ce décalage (dont la « déception » de la part du narrateur « était grande ») entre le 'vraisemblable' apparence de la duchesse et sa réelle apparence ne signale pas qu'elle soit partagée entre deux identités, mais plutôt la nature double du narrateur. Au lieu d'organiser ses opinions autour de la vie réelle, le narrateur commence toujours par l'idéel illusoire pour pouvoir ensuite retomber plus avec plus de certitude dans la désillusion.
Wednesday, March 10, 2010
Elstir
Para el deleite de mi fiel lectoria española he emprendido la pluma y traducido un trozo del divino Proust espero que les plazca :
Pero ahí podía yo discernir que el encanto de cada una (de las obras de Elstir) consistía en una especie de metamorfosis de lo representado, análoga a la que se llama metáfora en la poesía y que si Dios padre había creado las cosas al nombrarlas, fue al quitarles su nombre o el darles otro que Elstir las recreaba. Los nombres que designan las cosas siempre corresponden a una noción de la inteligencia, ajena a nuestras verdaderas impresiones y que nos obliga a eliminar de ellas todo lo que no se relaciona con esa noción.
A veces, cerca de mi ventana, en el hotel de Balbec, en la mañana cuando Françoise descorría las cortinas que cubrían la luz, por la noche cuando esperaba yo la hora de salir con Saint Loup, me había sucedido que gracias a un efecto de luz tomaba yo la parte más sombría del mar por una costa lejana, o miraba con alegría una región azul y fluida sin saber si ella pertenecía al cielo o al mar. En seguida mi inteligencia restablecía la separación que esta impresión hubiera abolido. Así, en París me sucedió, en mi pieza, que oía yo una disputa, casi un alboroto, hasta vincularlo a su causa, por ejemplo el rodar de un coche que se acercaba, ese ruido del cual yo procuraba entonces eliminar le agudo y discordante griterío que mi oído había realmente percibió, pero que mi inteligencia sabía que no producían ruedas. Pero esos raros momentos cuando la naturaleza se revela tal como ella es, es decir poéticamente, era de aquel tipo de momento que estaba hecha la obra de Elstir. Una de las metáforas más frecuentes en las marinas que tenía Elstir por ahí en ese momento era justamente la que, al comparar la tierra con el mar, borraba entre los dos toda demarcación limítrofe. Era esa comparación tácita e incansablemente reiterada en una misma tela que le otorgaba esa unidad multiforme y poderosa, el motivo, a veces no notado por los demás, del entusiasmo que provocaba en algunos aficionados a la pintura de Elstir.
Es por ejemplo a una metáfora de ese tipo -- en un lienzo representando el puerto de Carquethuit, un lienzo que había acabado Elstir desde hacía pocos días y que yo miré largamente -- que Elstir había preparado la mente del espectador al limitarse a utilizar motivos marinos para el pequeño pueblo, y motivos urbanos para el mar.
Pero ahí podía yo discernir que el encanto de cada una (de las obras de Elstir) consistía en una especie de metamorfosis de lo representado, análoga a la que se llama metáfora en la poesía y que si Dios padre había creado las cosas al nombrarlas, fue al quitarles su nombre o el darles otro que Elstir las recreaba. Los nombres que designan las cosas siempre corresponden a una noción de la inteligencia, ajena a nuestras verdaderas impresiones y que nos obliga a eliminar de ellas todo lo que no se relaciona con esa noción.
A veces, cerca de mi ventana, en el hotel de Balbec, en la mañana cuando Françoise descorría las cortinas que cubrían la luz, por la noche cuando esperaba yo la hora de salir con Saint Loup, me había sucedido que gracias a un efecto de luz tomaba yo la parte más sombría del mar por una costa lejana, o miraba con alegría una región azul y fluida sin saber si ella pertenecía al cielo o al mar. En seguida mi inteligencia restablecía la separación que esta impresión hubiera abolido. Así, en París me sucedió, en mi pieza, que oía yo una disputa, casi un alboroto, hasta vincularlo a su causa, por ejemplo el rodar de un coche que se acercaba, ese ruido del cual yo procuraba entonces eliminar le agudo y discordante griterío que mi oído había realmente percibió, pero que mi inteligencia sabía que no producían ruedas. Pero esos raros momentos cuando la naturaleza se revela tal como ella es, es decir poéticamente, era de aquel tipo de momento que estaba hecha la obra de Elstir. Una de las metáforas más frecuentes en las marinas que tenía Elstir por ahí en ese momento era justamente la que, al comparar la tierra con el mar, borraba entre los dos toda demarcación limítrofe. Era esa comparación tácita e incansablemente reiterada en una misma tela que le otorgaba esa unidad multiforme y poderosa, el motivo, a veces no notado por los demás, del entusiasmo que provocaba en algunos aficionados a la pintura de Elstir.
Es por ejemplo a una metáfora de ese tipo -- en un lienzo representando el puerto de Carquethuit, un lienzo que había acabado Elstir desde hacía pocos días y que yo miré largamente -- que Elstir había preparado la mente del espectador al limitarse a utilizar motivos marinos para el pequeño pueblo, y motivos urbanos para el mar.
Tuesday, March 9, 2010
Cote de chez Swann pt2
Dans Semiology and Rhetoric, de Man parle de la dialectique tropique, où la métaphore et la métonymie s'enchevêtrent, qui se produit souvent dans l'œuvre proustienne. Mais essentiellement il parle du fait que Proust fait découvrir à son lecteur l'inexistence de la supposée séparation entre auteur et lecteur, ou entre écriture et déchiffrement. La (dé)construction de la signification du texte est un travail mutuel.
Bien qu'il serait d'un grand intérêt de démontrer comment cette circulation tropique peut se manifester dans le texte, le rapprochement de l'auteur et du lecteur est thématisé et présenté même au niveau de la diégèse. Fervent de la lecture, le narrateur (on a dit pendant la dernière classe que son nom est Marcel, pourtant je n'y ai trouvé aucune allusion) parfois confond la vie et la littérature, ou l'inverse c'est selon. Ce faisant, il souligne le rapport complémentaire (ou supplémentaire) entre la lecture et l'écriture. Considérons un passage tiré de la lecture de la semaine passée :
Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons « voir une personne que nous connaissons » est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons de lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.
Comme de Man le met en avant dans son article (veuillez pardonner le manque de références), Proust crée une écriture meta-textuelle. Les personnes que le narrateur connait et qui sont gonflées des impressions que le narrateur en forme dans son esprit ressemblent à des enveloppes transparents, ni complétement matérielles ni imaginées, parce qu'il sont avant tout des personnages. Si, comme on le voit plus bas, Marcel confond ses lectures avec la vie réelle, si ses lectures semblent occuper trop d'espace dans le texte et suppléer à la matière romanesque traditionnelle—le développement d'intrigue, le sexe, l'argent, l'action—c'est pour faire remarquer il est dans un roman. Ces allusions ou clins d'œil meta-littéraires renvoient au fait de lire, à un niveau primordial de la lecture, et rappellent que la lecture est un processus qu'achèvent ensemble le lecteur et l'auteur.
Bien qu'il serait d'un grand intérêt de démontrer comment cette circulation tropique peut se manifester dans le texte, le rapprochement de l'auteur et du lecteur est thématisé et présenté même au niveau de la diégèse. Fervent de la lecture, le narrateur (on a dit pendant la dernière classe que son nom est Marcel, pourtant je n'y ai trouvé aucune allusion) parfois confond la vie et la littérature, ou l'inverse c'est selon. Ce faisant, il souligne le rapport complémentaire (ou supplémentaire) entre la lecture et l'écriture. Considérons un passage tiré de la lecture de la semaine passée :
Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons « voir une personne que nous connaissons » est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons de lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.
Comme de Man le met en avant dans son article (veuillez pardonner le manque de références), Proust crée une écriture meta-textuelle. Les personnes que le narrateur connait et qui sont gonflées des impressions que le narrateur en forme dans son esprit ressemblent à des enveloppes transparents, ni complétement matérielles ni imaginées, parce qu'il sont avant tout des personnages. Si, comme on le voit plus bas, Marcel confond ses lectures avec la vie réelle, si ses lectures semblent occuper trop d'espace dans le texte et suppléer à la matière romanesque traditionnelle—le développement d'intrigue, le sexe, l'argent, l'action—c'est pour faire remarquer il est dans un roman. Ces allusions ou clins d'œil meta-littéraires renvoient au fait de lire, à un niveau primordial de la lecture, et rappellent que la lecture est un processus qu'achèvent ensemble le lecteur et l'auteur.
Tuesday, March 2, 2010
Deux observations et une question quant à la scène de mort
Dans la scène où Emma est sur le lit de mort, ayant avalé une dose mortelle d'acide arsénieux, le moment qui attire le plus l'attention des lecteurs, c'est l'apparition de l'Aveugle. Quelle est la signification de l'intervention de l'Aveugle et sa chansonnette, et de la réaction qu'ils provoquent en Emma ? Moi je crois que cette apparition apprend à Emma deux leçons sur la vie dont elle ne s'est rendu compte auparavant. La mort étant alors proche et inévitable, elle se rend compte à la fin de sa vie d'un certain déterminisme qui en suivaient le cours. Car il y a deux moments où Emma fait l'écoute de la musique campagnarde, si l'on se le rappelle. Lors du mariage d'Emma et Charles, un ménétrier qui en jouant du violon attire les invités par sa musique :
Le ménétrier allait en avant avec son violon empanaché de rubans à la coquille.
Malgré le sous-entendu sinistre d'un joueur de flûte menant la foule par le bout du nez, on est toujours à un moment dans la diégèse où Emma peut attendre le bonheur. Peut-être la chansonnette grivoise de l'Aveugle reporte-t-elle l'esprit d'Emma à cette époque plus optimiste, ce qui par contraste lui met en relief l'impossibilité d'atteindre ce bonheur illusoire. Cette chansonnette semble lui révéler aussi la nature de la sexualité masculine qu'auparavant elle ne manquait jamais de romantiser :
Souvent la chaleur d'un beau jour
Fait rêver fillette à l'amour.
Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s'inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.
Il souffla bien fort ce jour-là,
Et le jupon court s'envola!
Jusque là dans la diégèse, le rire au grotesque est réservé au lecteur. Il est le seul qui rie quand Hippolyte perd sa jambe, ou pendant les scènes de cul sous-entendues. Emma n'en rit jamais tout au long de la diégèse. Ce n'est qu'à la fin de sa vie, lorsque l'arsenic coule dans es veines et la mort est proche, que la figure inquiétante et souffrant avec sa chanson burlesque, lui fait comprendre l'amour des hommes, un amour tout bestial et physique sans idéal romantique ou transcendance, aussi grossier et instinctif que le rut des animaux. Cette prise de conscience qui lui est parfaitement inutile, lui fait pousser un fou rire convulsif qui parachève sa dernière agonie moribonde.
De plus, cette scène souligne le fait que Homais le pharmacien vit par procuration, à travers la réputation des autres. De manière ignoble, Homais se jouit de la présence d'un célèbre tel que le docteur Canivet, même si cette présence signifie aussi la mort d'Emma. Pour se faire bien voir de lui, il met beaucoup de soin à lui préparer un repas aussi élégant que possible. La peine indécente qu'il se donne pour lui servir s'oppose aux pédanteries inutiles qui coûtent la vie à Emma. Plus haut on lit un cas parallèle : « le pharmacien se plaisait beaucoup à prononcer ce mot docteur, comme si en l'adressant à un autre, il eût fait rejaillir sur lui-même quelque chose de la pompe qu'il y trouvait ».
Pour clore je vous laisse une question qui peut intéresser : peut-on lire cette scène de mort comme mise en scène ironique de la morte de Socrate ?
Le ménétrier allait en avant avec son violon empanaché de rubans à la coquille.
Malgré le sous-entendu sinistre d'un joueur de flûte menant la foule par le bout du nez, on est toujours à un moment dans la diégèse où Emma peut attendre le bonheur. Peut-être la chansonnette grivoise de l'Aveugle reporte-t-elle l'esprit d'Emma à cette époque plus optimiste, ce qui par contraste lui met en relief l'impossibilité d'atteindre ce bonheur illusoire. Cette chansonnette semble lui révéler aussi la nature de la sexualité masculine qu'auparavant elle ne manquait jamais de romantiser :
Souvent la chaleur d'un beau jour
Fait rêver fillette à l'amour.
Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s'inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.
Il souffla bien fort ce jour-là,
Et le jupon court s'envola!
Jusque là dans la diégèse, le rire au grotesque est réservé au lecteur. Il est le seul qui rie quand Hippolyte perd sa jambe, ou pendant les scènes de cul sous-entendues. Emma n'en rit jamais tout au long de la diégèse. Ce n'est qu'à la fin de sa vie, lorsque l'arsenic coule dans es veines et la mort est proche, que la figure inquiétante et souffrant avec sa chanson burlesque, lui fait comprendre l'amour des hommes, un amour tout bestial et physique sans idéal romantique ou transcendance, aussi grossier et instinctif que le rut des animaux. Cette prise de conscience qui lui est parfaitement inutile, lui fait pousser un fou rire convulsif qui parachève sa dernière agonie moribonde.
De plus, cette scène souligne le fait que Homais le pharmacien vit par procuration, à travers la réputation des autres. De manière ignoble, Homais se jouit de la présence d'un célèbre tel que le docteur Canivet, même si cette présence signifie aussi la mort d'Emma. Pour se faire bien voir de lui, il met beaucoup de soin à lui préparer un repas aussi élégant que possible. La peine indécente qu'il se donne pour lui servir s'oppose aux pédanteries inutiles qui coûtent la vie à Emma. Plus haut on lit un cas parallèle : « le pharmacien se plaisait beaucoup à prononcer ce mot docteur, comme si en l'adressant à un autre, il eût fait rejaillir sur lui-même quelque chose de la pompe qu'il y trouvait ».
Pour clore je vous laisse une question qui peut intéresser : peut-on lire cette scène de mort comme mise en scène ironique de la morte de Socrate ?
Tuesday, February 23, 2010
Homais, personnage anodin ou dangereux
Dès la seconde partie du roman le lecteur se renseigne sur le pharmacien pédant et cauteleux Monsieur Homais. Au début de cette partie, on le concevrait volontiers sous les traits d'un sot qui abuse du lexique scientiste et médical pour s'en approprier l'autorité. Pourtant on devine rapidement qu'il s'agit d'un personnage beaucoup plus sinistre et rusé qu'il n'en a l'air au commencement.
La première chose qu'on apprend quant à Homais, c'est la description de sa boutique. On remarque l'orgueil démesuré du pharmacien (que le narrateur nomme de manière dérisoire « chimiste ») qui fait peindre son nom partout en lettres d'or. Les amas de produits, réunis dans sa maison pour des raisons de commerce plutôt que pour la santé d'autrui, semblent relevés de l'épicerie au lieu de la pharmacie. Bien qu'il exerce en principe le métier d'apothicaire, son existence est dominée plutôt par le paraître et le qu'en dira-t-on villageois. Pour se donner des airs de scientifique rationnel, il prétend être fier de faire partie de nombreuses « sociétés savantes » (en réalité d'une seule, « la Société agronomique de Rouen... section d’agriculture, classe de pomologie »). Il préfère toujours utiliser le mot technique au commun, appelant ainsi le rhume « Coryza » ; la saignée, « phlébotomie » et le pied-bot, « stréphopode ». Il rebaptise pompeusement son bureau « laboratoire », où il prétend avoir composé des articles scientifiques (encore il n'en a écrit qu'un sur la fermentation du cidre). Somme toute, on dégage la figure d'un homme qui a des prétentions d'érudite mais qui est peu perspicace. Mais deux événements suggèrent le côté sinistre de ce 'petit sot'. Aveuglé par son projet irréaliste de se faire célèbre en convaincant Charles Bovary d'opérer le pied-bot Hippolyte (personnage qui dans le théâtre de Racine meurt lorsqu'il tombe de son char et est traîné des talons par terre), Homais est cause directe de l'amputation que de docteur Canivet doit faire à celui-là quand la chirurgie échoue. Plus bas Emma s'empoisonne en avalant de l'arsenic qu'elle a volé chez l'apothicaire. Il faut alors appeler au pharmacien qui au lieu de administrer un vomitif à Emma, conseille de faire une analyse, « car il savait qu'il faut dans tout les empoisonnements faire une analyse ». En faisant perdre de précieux instants, cette stupide tentative de la part de Homais de sauvegarder les apparences de rigueur scientifique finit par coûter la vie à Emma. On imagine mal Homais comme un cerveau machiavelique, mais il s'acharne sur ses ennemis--le prêtre, le precepteur et le maire.
La première chose qu'on apprend quant à Homais, c'est la description de sa boutique. On remarque l'orgueil démesuré du pharmacien (que le narrateur nomme de manière dérisoire « chimiste ») qui fait peindre son nom partout en lettres d'or. Les amas de produits, réunis dans sa maison pour des raisons de commerce plutôt que pour la santé d'autrui, semblent relevés de l'épicerie au lieu de la pharmacie. Bien qu'il exerce en principe le métier d'apothicaire, son existence est dominée plutôt par le paraître et le qu'en dira-t-on villageois. Pour se donner des airs de scientifique rationnel, il prétend être fier de faire partie de nombreuses « sociétés savantes » (en réalité d'une seule, « la Société agronomique de Rouen... section d’agriculture, classe de pomologie »). Il préfère toujours utiliser le mot technique au commun, appelant ainsi le rhume « Coryza » ; la saignée, « phlébotomie » et le pied-bot, « stréphopode ». Il rebaptise pompeusement son bureau « laboratoire », où il prétend avoir composé des articles scientifiques (encore il n'en a écrit qu'un sur la fermentation du cidre). Somme toute, on dégage la figure d'un homme qui a des prétentions d'érudite mais qui est peu perspicace. Mais deux événements suggèrent le côté sinistre de ce 'petit sot'. Aveuglé par son projet irréaliste de se faire célèbre en convaincant Charles Bovary d'opérer le pied-bot Hippolyte (personnage qui dans le théâtre de Racine meurt lorsqu'il tombe de son char et est traîné des talons par terre), Homais est cause directe de l'amputation que de docteur Canivet doit faire à celui-là quand la chirurgie échoue. Plus bas Emma s'empoisonne en avalant de l'arsenic qu'elle a volé chez l'apothicaire. Il faut alors appeler au pharmacien qui au lieu de administrer un vomitif à Emma, conseille de faire une analyse, « car il savait qu'il faut dans tout les empoisonnements faire une analyse ». En faisant perdre de précieux instants, cette stupide tentative de la part de Homais de sauvegarder les apparences de rigueur scientifique finit par coûter la vie à Emma. On imagine mal Homais comme un cerveau machiavelique, mais il s'acharne sur ses ennemis--le prêtre, le precepteur et le maire.
Tuesday, February 16, 2010
Madame Bovary, "mœurs de province ?"
Je me suis déjà posé la question à plusieurs reprises en lisant ce roman, en quoi ou dans mesure répond-til au sous-titre "mœurs de province". D'un côté c'est vrai que Flaubert y a mis de nombreux détails concernant la vie en province. Pourtant le sujet supposé n'est pas décrit de façon encyclopédique, c'est-à-dire que Flaubert ne s'occupe pas d'expliquer l'aborder directement. Au lieu de fournir de longues digressions précisant, par exemple, comment les noces se passent à Tostes, Flaubert nous explique qu'on s'adonne à des "plaisanteries d'usage" telles que le "souffler de l'eau... par le trou de la serrure" de la chambre des époux. Le provincialisme s'incrit dans le texte comme autant de vagues références à la médiocrité, à la hardiesse et à la mesquinerie. Comme la filature de lin, le provincialisme est une curiosité qui pourtant n'a rien de curieux ; il suffit d'en évoquer la médiocrité pour pouvoir se passer de plus amples commentaires. Quand le texte fait mention, en revanche, d'un fait historique ou véridique de façon directe, l'effet est d'intériorisation plutôt que d'extériorisation. Lorsque Balzac, par exemple, rappelle quelque fait historique, la narration semble monter au ciel afin de permettre une ample perspective de l'horizon social. Chez Flaubert, par contre, la mention de la loi fonctionne comme un style indirect libre, car Homais seul connaitrait la "loi du 19 ventôse au XI ar. Ier".
Thursday, February 11, 2010
l'humour burlesque de la trame narrative de Madame Bovary
(je vous prie de pardonner le titre en peu 'paper topic' de ce post)
J'ai toujours été étonné que tellement de lecteurs de Flaubert trouvent en lui un grand romancier réaliste. Car on sait qu'il existe un mythe autour de la figure de l'écrivain flaubertien, un mythe dont tout lecteur a entendu parler, même celui qui n'a pas encore lu aucun de ses ouvrages. Il s'agit d'un auteur soumis aux supplice d'un processus d'écriture presque masochiste, obsédé jusqu'à la défaillance physique par les exigences du beau style et par la tortueuse recherche du mot juste ; un soigneux peintre de la vie motivé par l'unique souci d'entrer dans le vif du réel, en choisissant le mot exact, la construction précise, la phrase révélatrice.
Pourtant, les procédés humoristiques du texte semblent signaler constamment caractère artificiel de l'entreprise romanesque. Pour faire mieux comprendre le sujet qui m'intéresse, je pose d'abord la question, qu'est-ce qu'il y a de comique dans la narration ? Comment et pourquoi nous font-ils rire les commentaires du narrateur ? Au fond, l'humour de Flaubert repose sur la citation : il ne manipule ni change les mots qu'il fait dire à ses personnages, ou plutôt, l'humour ne repose pas sur un changement lexique. Il ne tourne pas en ridicule les propos de ses personnages en les reformulent, ou même en les commentant. Le narrateur n'insulte directement jamais. Au contraire, il tourne en ridicule leurs propos en les citant. Quand il ajoute l'éclaircissement que la femme de Charles « déjoua même fort habilement les intrigues d'un charcutier qui était soutenu par les prêtres », qu'y a-t-il de rigolo à faire concurrence à un charcutier, ou dans le fait que celui-ci soit « soutenu par les prêtres » ? Pourquoi la phrase, « Débarrassez-vous donc de votre casquette, dit le professeur, qui était un homme d'esprit » se prête à rire ? D'une part, il s'agit de l'emploi du style indirecte libre. Flaubert reproduit les propos des personnages par le biais de son propre esprit, c'est-à-dire en ses propres termes. D'autre, il y a quelque chose de vaguement burlesque—c'est-à-dire, qui travestit un discours dont le registre est 'noble' en y mêlant du vulgaire—à réunir dans une même phrase une partie qui constate un fait vraisemblable et parfaitement quotidien, voire légèrement honteux (l'incivilité du propos du professeur, le fait que l'autre prétendant soit un charcutier) avec une autre qui consiste toujours à louer un peu trop l'événement ou le personnage évoqué par la première. Autrement dit, à travers l'emploi du style indirect libre, Flaubert crée un récit burlesque qui fait remarquer son propre caractère artificiel et fabriqué. Le rire flaubertien renvoie à l'artifiel du texte.
J'ai toujours été étonné que tellement de lecteurs de Flaubert trouvent en lui un grand romancier réaliste. Car on sait qu'il existe un mythe autour de la figure de l'écrivain flaubertien, un mythe dont tout lecteur a entendu parler, même celui qui n'a pas encore lu aucun de ses ouvrages. Il s'agit d'un auteur soumis aux supplice d'un processus d'écriture presque masochiste, obsédé jusqu'à la défaillance physique par les exigences du beau style et par la tortueuse recherche du mot juste ; un soigneux peintre de la vie motivé par l'unique souci d'entrer dans le vif du réel, en choisissant le mot exact, la construction précise, la phrase révélatrice.
Pourtant, les procédés humoristiques du texte semblent signaler constamment caractère artificiel de l'entreprise romanesque. Pour faire mieux comprendre le sujet qui m'intéresse, je pose d'abord la question, qu'est-ce qu'il y a de comique dans la narration ? Comment et pourquoi nous font-ils rire les commentaires du narrateur ? Au fond, l'humour de Flaubert repose sur la citation : il ne manipule ni change les mots qu'il fait dire à ses personnages, ou plutôt, l'humour ne repose pas sur un changement lexique. Il ne tourne pas en ridicule les propos de ses personnages en les reformulent, ou même en les commentant. Le narrateur n'insulte directement jamais. Au contraire, il tourne en ridicule leurs propos en les citant. Quand il ajoute l'éclaircissement que la femme de Charles « déjoua même fort habilement les intrigues d'un charcutier qui était soutenu par les prêtres », qu'y a-t-il de rigolo à faire concurrence à un charcutier, ou dans le fait que celui-ci soit « soutenu par les prêtres » ? Pourquoi la phrase, « Débarrassez-vous donc de votre casquette, dit le professeur, qui était un homme d'esprit » se prête à rire ? D'une part, il s'agit de l'emploi du style indirecte libre. Flaubert reproduit les propos des personnages par le biais de son propre esprit, c'est-à-dire en ses propres termes. D'autre, il y a quelque chose de vaguement burlesque—c'est-à-dire, qui travestit un discours dont le registre est 'noble' en y mêlant du vulgaire—à réunir dans une même phrase une partie qui constate un fait vraisemblable et parfaitement quotidien, voire légèrement honteux (l'incivilité du propos du professeur, le fait que l'autre prétendant soit un charcutier) avec une autre qui consiste toujours à louer un peu trop l'événement ou le personnage évoqué par la première. Autrement dit, à travers l'emploi du style indirect libre, Flaubert crée un récit burlesque qui fait remarquer son propre caractère artificiel et fabriqué. Le rire flaubertien renvoie à l'artifiel du texte.
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