En s'enfermant dans un discours utopique de la cité idéale, Diderot insère deux hommes: Orou, c'est la nature, le corps et les sens; L'Aumônier, d'autre part, représente la culture, les lois, les moeurs. Chez les écrivains de toutes époques, c'est une idée très répandue qu'on se définit en s'opposant à autrui, et on concevrait volontiers le texte de Diderot comme une critique de plus de l'Homme civilisé élaborée par rapport au barbare. Il s'agit de lire le texte comme une réiteration d'argument qu'établit Montaigne dans Des Cannibales, où l'écrivain a beau s'efforcer de justifier la conduite des Cannibales comme toute naturelle, toute innocente, non égoïste, sincère et, surtout, non plus barbare que la nôtre, ses raisonnements se contredisent en sorte que la culture cannibale nous apparaît de plus en plus comme dystopique plutôt qu'utopique. D'un côté les Cannibales habitent une pays où s'écoulent le lait et le miel, un pays de Cockaigne; Montaigne insiste sur le fait que les Cannibales ne mangent de la chair humaine que pour se venger, et nullement pour s'alimenter. Dans cette contrée paradisiaque, où personne ne connaît la faim, il n'y a que deux obligations imposées au peuple: procréer et protéger la patrie ("Il ne leur recommande que deux choses: la vaillance contre les ennemis et l'amitié à leurs femmes"). Si Montaigne voudrait nous faire croire que la culture cannibale est, de manière surprennante, moins barbare que la nôtre, ce qu'il dit suggère en revancheque même dans le pays qui serait à peu près le paradis terrestre, où la liberté sévit et la nourriture abonde, l'homme trouvera toujours des prétextes pour tuer et pour se tuer. En somme, si on accepte que la culture occidentale est pire que celle des sauvages, il n'est pas moins claire que toutes les deux sont misérables.
De manière semblable, à travers le dialogue d'Orou et de l'aumônier, Diderot conduit son lecteur non seulement à s'interroger sur les préjugés et le manque de logique issus parfois de notre propre culture occidentale, mais aussi sur les frontières de la pensée utopique. Comme la utopie/dystopie de Montaigne, la société tahitienne a certaines caractéristiques qui semblent fort désirables--c'est à l'individu(e) de choisir avec qui il/elle veut s'épouser, la durée du marriage et combien de fois on se remarie. En un mot, chez les Tahitiens, les distinctions sociales sont très différentes des nôtres. Le corps d'une personne appartient à tous; les enfants, à toute la société. On fait des enfants d'un lit, puis on en fait d'autres avec un autre mari/une autre femme. Comme c'est le cas avec les Cannibales de Montaigne, cet état de 'liberté' et de 'nature' où habite le sauvage peut donner à penser que les Tahitiens experimentent une félicité perpétuelle sans le moindre souci de quoi que ce soit. Toutefois, on y voit aussi de l'exclusion--les malades, les vieux et les laids sont repoussés aux marges de la société--et un manque de pensée indépendante qui fait peur--il n'y a pas de confit, et les hommes ne se disputent jamais même s'ils veulent la même femme.
aki puro filete sobre la la novela realista francesa
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