On remarque la stratification de divers phénomènes terrestres dans ce village-là : la société islandaise primitive se situe sous la lumière renvoyée par le volcan (impliquant, en quelque sorte, que bien que le volcan soit éteint, celle-là reste sujette à sa chaleur plutonique); d'autre part elle est fondée au sein de la lave, signe dénotant les bizarreries produites par l'insolite rencontre d'éléments contraires: les chocs de température, les réactions explosives; du magma et de l'eau, du feu et de la glace.
En fait, le narrateur met en valeur à plusieurs reprises l’étroit rapport entre la géologie et le peuple islandais. À la page 89, Axel évoque ce lien en évoquant la composition des habitations islandaises, où des matériaux volcaniques se trouvent introduits même dans les espaces les plus primordiaux et domestiques : "Çà et là une ferme isolée, quelque boër solitaire, bâti de bois, de terre, de morceaux de lave, apparaissait comme un mendiant au bord d'un chemin creux." Comme le mendiant, dépourvu de biens et repoussé jusqu'aux confins de la société, la lave se présente dans le roman soit comme manque ou insuffisance (elle est qualifiée de "débris" attestant "la violence passée" [p. 99], de 'morceaux') soit comme encombrement ("ce cratère est évidemment obstrué par les laves, les roches brûlantes..." [p. 42]). Même la polysémie du mot (il désigne à la fois les roches volcaniques formées par le refroidissement du magma, et la roche en fusion émise du volcan), invraisemblablement ignorée par le narrateur (qui compare la lave à des 'roches brûlantes', mais à un instant plus tard parle des laves sur lesquelles s'élève la ville de Reykjawik) suggère ses propriétés amorphes et informes.
Le narrateur décrit le peuple islandais en se servant de presque les mêmes choix lexiques; il les qualifie de "pauvres exilés relégués sur cette terre de glace, dont la nature aurait bien dû faire des Esquimaux, puisqu'elle les condamnait à vivre sur la limite du cercle polaire !" (p. 72). L'allusion aux Esquimaux s'oppose généalogiquement à la notion que les Islandais sont au fond "des espèces d'Allemands blonds à l'oeil pensif", ce qui implique un métissage malsain ('où la nature aurait bien dû faire des Esquimaux') entre traits nordiques et esquimaux, entre civilisation et barbarie. Comme le mendiant, les Islandais sont des 'exilés' qui se sont égarés de leur sphère naturelle; ils sont des Allemands décadents. Peut-être n'est-il pas par hasard que le mot lave vienne du mot en latin 'labes' qui veut dire 'chute'. On remarque aussi la similitude de vocabulaire entre la description de l'habitation faite de roches de lave, et les vêtements des Islandais: "Leur costume consistait en une grossière vareuse de laine noire..., un chapeau à vastes bords,... et un morceau de cuir replié en manière de chaussure." (p. 72-3) (cf. "Une immense coulée de laves la couvre d'un côté et descend en rampes assez douces vers la mer. De l'autre s'étend cette vaste baie de Faxa bornée au nord par l'énorme glacier du Sneffels") Enfin, les islandais sont décrits comme des « anges insuffisamment débarbouillés » (p. 95), mot qui renvoie étymologiquement à la barbe, la barbarie, le manque de culture et de langue (Axel ne sait pas parler en islandais), et sémantiquement, d'autre part, au tâche de la géologie: le nettoyage de surfaces et le dévoilement de secrets.
Bon, de la même façon des Islandais je me suis égaré de mon chemin, j'ai pas du tout parlé de la description du fjord. Donc, pour compenser ma négligence, voici quelques images qui ont quelque rapport avec cette description-là.
Les colonnes basaltiques de la Chaussée de Géants, en Irlande
L'archivolte du portail de la cathédrale de Strassbourg
En voilà un autre exemple, mais celle-là est tirée d'une cathédrale espagnole (je crois).

No comments:
Post a Comment