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Tuesday, March 10, 2009

Mythes dans VACDLT

Scott nous a posé la dernière fois la question suivante (je reformule un peu) : Axel qu'a-t-il contre le livre du fameux M. Saknussemm? Peut-être que ceci est écrit "en mauvais latin", langue très chère au narrateur ; on a même dit que, faute de langue maternelle, le latin classique représente ("la douce langue de Virgile") le vrai idiome d'Axel. Or, la latinité du narrateur semble se calquer sur, ou du moins chevaucher, le thème plus général d'intertexte mythologique—la récapitulation de l'histoire antique, le récit en tant que palimpseste. D'abord, ce qui est à l'origine de la décision de partir en Islande et de descendre dans la terre, c'est une énigme, élément d'intrigue conducteur dans le mythe d'Œdipe.

Pour esquisser rapidement les rudimentaires similarités qui relient ces deux histoires-là, le roi Laïos et la reine Jocaste, qui ont pour royaume la cité de Thèbes, engendrent un fils que ces premiers décident d’exposer dans les montagnes, après que l’oracle prédit qu’il tuera son père et épousera sa mère. Recueilli par un berger qui remet l’enfant au roi de Corinthe, Polybe. Ce dernier élève l’enfant (Œdipe) comme son propre fils, mais quand le fils se rend compte de l’oracle il s’enfuit (de retour, mais il l’ignore) à Thèbes, croyant qu’en s’éloignant de son père adoptif, il pourra éviter son destin. Lorsqu’il arrive aux frontières de la cité, il rencontre le Sphinx qui lui pose une question (l'énigme) ; Œdipe donne la bonne réponse ; le Sphinx se suicide en se jetant du haut d’une falaise. Ainsi il sauve la cité, puis comme remerciement les citoyens de Thèbes lui confèrent la couronne et la femme du roi. Plus tard, à cause d’une enquête sur la source d’une maladie divine, Œdipe se rend compte qu’il a réalisé l’oracle, c’est-à-dire qu’il a tué son père et partagé le lit conjugal avec sa mère. En conséquence, il s’arrache les yeux et renonce à la souveraineté. Au final, Œdipe, errant les yeux crevés, a tout perdu, mais il croit avoir mis terme à son aveuglement par rapport à son sort, et cela lui apporte un certain réconfort.
Axel, lui, ne semble avoir que peu en commun avec le tyran de Thèbes. Oui, c'est bien lui qui déchiffre la phrase, qui trouve la clef, qui déclenche l'aventure pour des terres à la fois inconnues, pourtant aisément assimilables à la mythologisation (là où je veux en venir, c'est que de la même manière qu'Œdipe finit par rencontrer sa mère, à chaque pas le terrain mythologique ramène Axel à ses "souvenirs de latiniste"; ce n'est pas une analyse très fine, mais tous les deux, Œdipe et Axel, rentrent dans une orifice, soit terrestre soit corporelle, associée à l'enfance—on remarque l'assez grand nombre de fois qu'Axel emploie ce mot-là: "l'orifice du cratère", "l'orifice du couloir", etc.). En revanche, c'est Lindenbrock qui se trouve qualifié de "vieil Œdipe", plutôt qu'Axel. Enfin, c'est une piste d'interprétation, voilà tout.

En tout cas, les explorateurs intrépides, conduits par une ancienne voix venue du temps heureux de la latinité, retrouvent les traces de plusieurs mythes classiques. Le professeur Fridriksson, "qui ne parlait que l'Islandais et le latin", s'adresse au narrateur dans la langue d'Horace; Axel le trouve semblable aux "héros de l'antique hospitalité", et lorsqu'il arrive le moment de recommencer l'aventure, les adieux se sont en latin—et par-dessus le marché, on récite de l'Énéide. Encore une fois, la suggestion qu'Axel soit une nouvelle Enée paraît fort invraisemblable, mais du moins, en s'y tenant à cette interprétation, l'intrigue de l'Énéide consiste en trois étapes: la perte, la fuite, et la reconstitution. Dans un sens, contraints à s'enfuir, le voyage des Troyens à de lointains pays a pour but de retrouver et refaire. Axel, lui, se laisse convaincre par l'espérance que, ayant achevé l'aventure, plus rien ne l'empêchera de demander la main de Graüben et s'installer à titre de mari chez son oncle. De plus, il fait allusion à la descente d'Énée aux Enfers dans le livre Vi, et à l'avertissement de la Sibylle: "c'était le facilis descensus Averi de Virgile" (cf. "il est facile de descendre dans l'Averne... Mais revenir sur ses pas, se retrouver libre sous les souffles d'en haut, voilà ce qui est l'affaire et qui demande effort." –vers 126-7).

Plus bas dans le texte, Axel fait remarquer que Lidenbrock "ressemblait à un centaure à six pieds", que le fjord de Stapi s'approche "d'un temp antique, ruines éternellement jeunes, sur lesquelles passaient les siècles sans les entamer"; le terrain islandais, du point de vue d'Axel, "digne d'être hantée par tous les lutins de la mythologie Scandinave", réflexion qu'il fait encore une fois un peu plus bas:

"Mes regards éblouis se baignaient dans la transparente irradiation des rayons solaires, j'oubliais qui j'étais, où j'étais, pour vivre de la vie des elfes ou des sylphes, imaginaires habitants de la mythologie scandinave; je m'enivrais de la volupté des hauteurs, sans songer aux abîmes dans lesquels ma destinée allait me plonger avant peu."

Deux idées de départ: -Pourquoi les causeries qu'Axel et Fridriksson font reste-t-elles non traduites? Par contre, tout les mots islandais qu'énonce Hans sont enregistrés dans le récit. –Quel sens pourrait-on attribuer au fait que Lidenbrock ressemble à un centaure à six pieds? C'est presque poétique ce truc-là...

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