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Thursday, September 18, 2008

Commentaire sur l’opposition entre l’être et le paraître dans La Princesse de Clèves

Comme je l'ai remarqué dans le dernier message de mon blog, dans la scène de la dispute entre le prince et la princesse, le prince se plaint que la princesse ne lui offre qu'une bienséante apparence de passion. Cependant, ce qui dérange le prince n’est pas forcément que la princesse ne ressente pas la passion pour lui, mais plutôt que la fausse passion que la princesse ressent ressemble à la vraie passion : elle est respectueuse et courtoise exactement comme si elle éprouvait la passion pour son mari. Il y a une équivalence fonctionnelle entre ce qui est « vrai » (l’état de passion) et « faux » (l’apparence de passion). Ce qui énerve le prince, ce n’est pas que la princesse soit amoureuse de lui ou non, mais l'ambiguïté produite par cette collusion sémantique. Il souligne la manière dont cette ambiguïté le dérange lorsqu’il dit : « Vous n’avez pour moi qu’une sorte de bonté qui ne me peut satisfaire ». On comprend qu’« une sorte de bonté » signifie metonymiquement la fausse apparence que la princesse lui donne. De plus, l'expression classificatrice « une sorte de » met en valeur l'effet que la bonté produit en lui (l'insatisfaction) en diminuant l'importance de la bonté en soi. Cette opposition entre le paraître et l'être se fait remarquer à plusieurs reprises au cours du roman. Quand Mme de Chartes parle avec la princesse de sa méfiance envers la duchesse, elle prétend que la duchesse est « la maîtresse de sa personne [du roi Henri] et de l'État » et « que ce n'est ni le mérite, ni la fidélité de Valentinois qui a fait naître la passion [que le roi éprouve pour elle], ni qui l'a conservée, et c'est aussi en quoi il n'est pas excusable. » Mme de Chartes ne se plaint pas du fait que le roi a une maîtresse, ni du fait que sa maîtresse est entrée dans cette relation pour augmenter son pouvoir. Le narrateur nous assure que c'était parfaitement normal à l'époque : « Il y avait tant d'intérêts et tant de cabales différentes et les dames y avaient tant de part que l'amour était toujours mêlé aux affaires et les affaires à l'amour. » Ce qui « n'est pas excusable », c'est qu'il est peu clair si la passion de la duchesse est vraie ou fausse. Dans ses relations avec le roi, la duchesse ne suit plus les règles traditionnelles de la passion. Selon Mme de Chartes, la duchesse n'est ni discrète ni fidèle ni méritoire, c'est par conséquent qu'on ne peut pas en déduire les intentions. Dans la passion entre le roi et la duchesse, les indices traditionnels de la vraie et la fausse passion se confondent les uns dans les autres. Bien que cette passion puisse être fausse, elle exerce quand même pouvoir qu'une vraie passion. Encore une fois, le paraître (les apparences ambiguës) est mis en valeur plutôt que l'être (la passion en soi). D'autres exemples: quand le prince découvre que son ami a confié son secret à une autre personne, ce qui le dérange n'est pas que son secret est découvert, mais plutôt, c'est la découverte accidentelle que son ami lui a caché un autre secret. Dans la scène de l'aveu, le prince n'est pas dérangé par la nouvelle que sa femme vient de lui confier, mais plutôt par son refus de révéler le nom de l'amant. Ces deux exemples-ci montrent la binarité entre la donnée primaire (le premier secret, l'aveu) et la donnée conséquente (l'autre secret, le nom de l'amant). Aux personnages de La Princesse de Clèves, ce qui importe, c'est toujours cette dernière. On peut même parler de tous les personnages (sauf la princesse) comme lecteurs, qui lisent chaque événement dans l'histoire comme un signifié et puis se mettent à en sortir le sens. Peut-être a-t-on affaire à un commentaire sur la rigidité de la bienséance et la vraisemblance ? Hmm...

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