Pendant la dernière séance, on a parlé de la différence entre Mertueil et Valmont en ce qui concerne leurs aventures galantes. La marquise doit cacher ses aventures à la vue de la société, alors que celles du compte en sont très bien connues. Par contre, les critères par lesquels chacun évalue la valeur potentielle d’une conquête inversent cette opposition entre ce qui est caché et ce qui est apparent. La marquise est d’avis que l’aventure prend ou perd de la valeur en fonction de trois facteurs, dont voici une liste dans l’ordre d’importance : le social, l’intellectuel et le corporel. L’aspect social de l’aventure galante est de loin la plus importante en ce qui regarde le personnage de Merteuil. Selon la manière dont la marquise conçoit l’économie sociale à l’intérieur du roman, la valeur d’une liaison se base sur la mesure dans laquelle la liaison sert à avancer la manipulation sociale ; la mesure dans laquelle un événement de la vie privée peut être converti en spectacle publique, et le capital social qui en résulte de cette conversion. La marquise est donc en quelque sorte une spéculatrice sociale : elle se sert d’un réseau d’information, et si quelque bonne opportunité se présente, elle y investit. Ensuite, nous avons le facteur intellectuel, ce que la marquise appelle la volupté. Selon la philosophie monastique médiévale, la volupté (ou la cupidité), c’était l’amour d’une chose en soi et pour soi, à différence de la charité, l’amour d’une chose en tant que symbole religieuse. Dans le roman, il me semble que c’est à peu près la même idée. Ce que la marquise savoure, c’est le plaisir mathématique qui résulte du déroulement d’une opération contrôlée. Le dernier facteur, et le moins important, c’est la transaction (ou la gratification) sexuelle. Entre ces trois facteurs-là, ceci est le plus symétrique, le plus égal—échange de plaisir pour plaisir—et, donc, le moins valable. Ainsi, on peut constater de plus que l’importance relative de chaque facteur repose lui-même sur deux sous-fonctions : la disparité de capital social qui résulte de l’échange (autrement dit, la contre-valeur : combien de capital X peut en tirer, versus Y) ; et la valeur intrinsèque.
À la page 117, elle parle de Cécile comme si elle parlait d’une action dont la valeur commençait à monter : « Ou je me trompe, ou elle deviendra une de nos femmes les plus à la mode. Je vois son petit cœur se développer, et c’est un spectacle ravissant… Quant à la petite, je suis souvent tenté d’en faire mon élève ; c’est un service que j’ai envie de rendre à Gercourt… J’ai dans l’idée… que nous lui donnerons une femme toute formée, au lieu de son innocente pensionnaire. » Bien entendu, ce passage réunit les deux sous-fonctions… à suivre…

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